Vivre en harmonie comme les Kalash du Pakistan

Dans cet article je ne vous propose pas de vivre comme d’autres gens rassurez-vous. Non pas que je doute que vous aimeriez passer le restant de vos jours en montagne à haute altitude parmi les chèvres mais en réalité la société Kalash au Pakistan a de nombreuses leçons à nous donner sur le vivre ensemble !

Chèvres de l'Himalaya, photo de manalahmadkhan (CC BY-2.0)En fait, leur mode de vie est complètement centré sur l’harmonie (d’où le titre oui c’est fou ce que je peux être redondante). Ils vivent en harmonie avec la nature et entre eux surtout ! Imaginez un peu le métro parisien harmonieux…

Enfin bref, sans partir dans des utopies complètement irréalistes (je parle du métro parisien harmonieux… non en fait j’ai du mal à imaginer), j’ai décidé de vous présenter un petit peu leur culture et puis je vous propose quelques activités inspirées de certaines de leurs pratiques que vous pouvez mettre en place chez vous.

Déçus ? Non c’est vrai que je n’allais pas non plus vous offrir le billet aller-retour pour votre retraite en famille loin du stress quotidien. Désolée… Mais pour me rattraper, en plus je vous offre un super jeu de plateau pour s’immerger dans le quotidien d’un jeune chamane kalash.

Merci qui ?

Le saviez-vous ?

Les Kalash sont les derniers peuples animistes de la région

Ce peuple vit dans les chaînes de l’Himalaya, plus précisément dans trois vallées de l’Hindu-Kush, à l’Est du Pakistan. Contrairement à tous les autres peuples les entourant, ils n’appartiennent à aucune religion. Ils ne sont ni bouddhistes, ni hindouistes, ni musulmans. Ils pensent simplement partager leur territoire avec des esprits bienveillants de la nature, qu’ils appellent des fées (suchi) et des dieux. Ils sont appelés les « kafirs » (les païens) par leurs voisins.

Il ne reste environ que 3000 habitants Kalash

Au 19e siècle, les « kafirs » de cette région ont été massacrés à cause de leurs traditions. En effet, celles-ci sont uniquement orales et non écrites. N’ayant pas de livre sacré, ils sont considérés comme incultes et sans éducation. Seule une partie du peuple Kalash a survécu et a conservé ses traditions, sa langue et ses croyances qu’ils ont hérité de lointains ancêtres.

Les Kalash font la fête à tous les solstices pour célébrer la nature

Fête de Joshi des Kalash, photo de Ground Report (CC BY-NC 2.0)La fête de Joshi permet aux humains d’adresser leur gratitude aux dieux pour avoir réveillé le soleil (c’est la fête du printemps). La veille, les femmes vont prendre le lait de chèvre aux étables, lait qui est resté tout l’hiver dans les étables. Pendant deux jours, femmes et hommes dansent et chantent, agitent des branches de noyer vers les sommets des montagnes pour saluer les fées des pâturages. Ils offrent aux fées des fruits de la saison passée pour que la nature leur redonne à la nouvelle saison.

Mais leur plus grande fête se passe juste avant l’hiver

Le chaumos (la fête de l’hiver) sert à demander aux dieux la régénération de la nature. Cette fête dure 23 jours ! La première nuit, les Kalash allument de grands feux pour lutter contre l’obscurité de l’hiver. Le feu permet de tout purifier. Les femmes y font brûler leurs vieilles corbeilles, afin de brûler symboliquement toutes les disputes et les mauvaises pensées qui ne doivent pas perdurer dans la nouvelle année. Les différents clans se réunissent et s’échangent de la nourriture. Ils offrent des petites statuettes en pâte à pain destinées aux fées qui représentent des animaux afin de leur demander de les changer en véritables animaux pour remplir les étables. C’est aussi le moment de l’abstinence sexuelle, un rite de fertilité pour que naissent ensuite beaucoup de nouveaux enfants. Hommes et femmes redisent leur appartenance au clan. Les hommes se déguisent en femmes et tout le monde fait la fête. C’est un peu comme notre période d’hiver. Nous aussi nous allumons des décorations pour lutter contre l’obscurité, nous faisons des dépenses pour entretenir les liens de la famille,…

Les Kalash sont considérés riches quand ils se sont ruinés pour les autres

Statues funéraires Kalash, photo de Marine Monnier Les biramor (fêtes d’honneur) sont très rares. Elles sont données par un homme qui désire faire don aux autres habitants de toute sa fortune. Tous ceux qui peuvent venir se réunissent pour cette fête. Il offre des montagnes de nourriture, pain et fromage, et sacrifie tout son troupeau pour donner de la viande à tout le monde. Cette fête permet la redistribution des richesses des riches vers les pauvres. Il faut en retour honorer celui qui donne. Les invités lui font des louanges très raffinées et reçoivent un manteau d’honneur, une bandoulière et quelques billets dans leur béret. Un Kalash accepte de se ruiner pour ne pas être oublié après sa mort. Lorsqu’il donne une fête, il reçoit une statue à son effigie qui sera posée à côté de son cercueil quand il mourra.

Il n’y a pas d’enfer dans les croyances kalash

Chez les Kalash, un homme cherche toujours à apaiser les conflits de son vivant. Ainsi il peut mourir en paix et aller habiter dans une maison dorée en haut d’une grande montagne. Les hommes qui ont réussi à donner tous leurs biens de leur vivant savent qu’on ne les oubliera pas car ils seront honorés à travers les louanges. Les louanges sont considérées comme un véritable art lyrique transmis de génération en génération. Cet art est réservé aux hommes de mémoire et d’expérience. Ceux qui dispensent ces louanges connaissent l’histoire de chaque clan et se passent ces histoires de génération en génération.

Les femmes n’ont pas le droit d’approcher les lieux sacrés

Une légende raconte qu’un jour de très grandes funérailles, alors que les invités sont tous repartis avec du pain et de la viande, ils croisèrent un esprit en chemin qui leur demanda s’ils avaient reçu assez de nourriture. Une femme dit qu’elle n’avait rien reçu. Mais l’esprit la fit trébucher et les galettes et la viande cachées sous sa robe tombèrent à terre. C’est alors que les dieux firent savoir à un des chamans que les femmes ne pouvaient plus approcher les lieux sacrés qui sont les sanctuaires et les étables car ils abritent des divinités.

Les femmes portent des coiffes qui font près de 3 kilos !

Coiffe de femmes Kalash, photo de manalahmadkhan (CC BY-2.0)Elles sont composées de deux éléments. D’abord la shushut et par-dessus, la kupas. Ce sont des coiffes de coquillages et de perles qui descendent jusqu’en bas du dos. Elles ne sortent jamais la tête nue. Sous leur coiffe elles doivent se faire 5 tresses avec leurs cheveux. Leurs vêtements ne coûtent rien car ils sont faits de laine que les chèvres leur fournissent et qu’ils tissent eux-mêmes. Seules les jeunes filles cherchent la mode et les robes en coton.

Les femmes ont une maison rien que pour elles

Cette maison s’appelle la bashali. Les femmes doivent y aller et y rester lorsqu’elles ont leurs règles et lors d’un accouchement. Les hommes n’ont pas le droit d’y pénétrer car le lieu est considéré comme impur. Les femmes et les hommes n’ont effectivement pas le même statut chez les Kalashs mais il s’avère que les femmes aiment aller à la bashali car cela leur fait du repos et elles y bavardent beaucoup. Elles n’ont aucune corvée à y faire et sont nourries. En sortant de la bashali, elles doivent se laver corps et vêtement avant de rentrer chez elles.

Le mot bonsoir n’existe pas en kalash

A la place ils disent « mashgulgi maï bo kosh » (j’aime bien bavarder). Plutôt cool non ? Au lieu de placer notre cher Bonsoir froid et automatique qu’on sert à tout le monde, eux ils ont une phrase qui invite beaucoup plus au partage.

Les chamanes sont les garants de cette paix entre les hommes et la nature

Ils interprètent les signes de la nature. Ils donnent un sens à toutes les choses, les défaites, les malheurs, … Ainsi ils réparent les désordres. Ce sont eux qui fixent les règles de la relation entre la nature et les hommes. Ils expliquent comment on doit s’adapter à l’environnement. Le dernier dehar (chamane) des Kalash est mort en 2002. Aucun autre ne s’est révélé.

Le conte du fromage blanc

Allez celui-là je vous l’offre en bonus je le trouve franchement super sympa.

Au départ, il y a très très longtemps, au tout début, en hiver il n’y avait pas de neige mais du fromage blanc. Les hommes n’avaient pas besoin de travailler et de tirer le lait des chèvres. Il suffisait de se baisser pour ramasser le fromage blanc et le manger. Mais au quatrième hiver, une femme avait besoin de nettoyer les fesses de son bébé et a choisi de le faire avec le fromage blanc car elle n’avait rien d’autre de propre. Les dieux se sont irrités et n’ont plus jamais fait tomber de fromage blanc mais une neige froide et humide. L’hiver est apparu alors et le froid est tombé sur les hommes.

Quelques activités

Maintenant vous devez connaître un peu mieux cette société et comprendre à quel point ils vivent en harmonie. A vous de mettre en place ces petites activités toutes simples chez vous aussi !

Faire des galettes de maïs

Animaux en pâte à pain, photo de Marine MonnierAlors c’est un peu le même principe que le chaperon rouge sauf que personne ne se fera manger parce qu’il essaye d’être gentil avec sa grand-mère (franchement nos contes des fois on se demande ce qu’ils nous apprennent).

Je vous donne une recette de galettes de maïs et vous pourrez les offrir à vos proches ou tout simplement les manger en famille. (Oui d’accord on a le droit de mettre un peu de confiture dessus).

Les Kalashs utilisent les galettes dans leurs rituels et leurs fêtes. Ils les distribuent, se les échangent entre hommes et femmes, les donnent à leurs morts aussi… Ce qui leur permet de créer et renforcer les liens familiaux et ancestraux. C’est important pour eux, symboliquement cela renforce l’appartenance de chacun à la communauté et c’est ce qui garantit aujourd’hui la survie de leur peuple et de leurs coutumes dans notre monde actuel.

  • Pour 6 galettes (donc 6 personnes que vous appréciez)
  • Ingrédients : 270 gr de farine de maïs / ¼ de cuillère à café de sel / 150 mL d’eau tiède / un peu d’huile végétale
  • Mélanger la farine et le sel dans un saladier
  • Verser 120 mL d’eau tiède et malaxer la pâte à la main pour former une boule
  • Ajouter progressivement l’eau restante. La boule doit être lisse et souple
  • Huiler la boule, couvrir et laisser reposer 30 minutes
  • Diviser en 6 boules égales
  • Avec un rouleau, étaler les boules une à une en mettant un peu de farine pour qu’elles ne collent pas (mais pas trop de farine)
  • Chauffer une poêle bien plate
  • Poser une galette lorsque c’est bien chaud, puis après quelques secondes, verser un filet d’huile. Le pain gonfle et fait des bulles
  • Retourner la galette pour cuire l’autre côté
  • Consommer dans la journée de préférence

Super simple !

Maintenant on passe au niveau supérieur ! Pour le côté artistique… Vous pouvez aussi comme les Kalash, avant d’offrir les galettes, les mouler en forme de petits animaux. Et ensuite vous les passez au four plutôt que dans la poêle. Les Kalashs donnent ces petits animaux en pâte à pain aux fées pour qu’elles les transforment en véritables animaux pour la saison de chasse. Mais vous vous pouvez les manger tous chauds !

Donner des louanges

Lorsque les Kalashs reçoivent des louanges, c’est un moment exceptionnel. Les louanges sont données par des professionnels qui connaissent par cœur l’histoire de la communauté et ce sont de véritables poètes qui savent manier les mots.

Mais ce qu’il est intéressant de retenir c’est que donner des louanges est une pratique ritualisée chez les Kalashs, ce qui veut dire qu’elle est ancrée dans leur mode de vie et qu’elle participe à la construction de leur communauté. Et qu’elle sert, comme toute pratique, à renforcer les liens. Un peu comme nous et … manger en famille ou aller au ciné en famille.

C’est vrai que quand on réfléchit un peu là-dessus, nous aussi quand on félicite quelqu’un, il nous aime mieux (sur le moment) que si on le réprimande. Les Kalashs aiment se féliciter et le font de manière très sincère.

C’est peut-être une leçon à retenir. Mais vous pouvez vous amuser à le faire de façon très lyrique aussi si vous vous sentez l’âme d’un poète ! Sans faire comme les Kalashs, on peut tout à fait s’inspirer de cette leçon d’harmonie pour mettre en place ses propres moments conviviaux. Rien ne vous empêche de féliciter un bon comportement, et pas juste une bonne note, mais par exemple lorsque votre enfant a partagé quelque chose avec son frère ou sa sœur, qu’il montre un comportement tourné vers les autres.

Brûler les disputes

Avant la nouvelle année les Kalashs font semblant de se disputer, brûlent leurs vieilles affaires afin de se débarrasser de toutes les querelles et être en paix pour commencer l’année.

Sans forcément tout brûler, on peut s’inspirer de cette leçon de vivre ensemble aussi pour se débarrasser nous aussi de nos disputes.

Par exemple : écrire les vieilles disputes et rancœurs sur des bouts de papier, les lire à voix haute puis les déchirer ou les brûler. En brûlant, on se promet de ne jamais revenir dessus car c’est déjà oublié.

Le grand jeu : le voyage du chamane

Ma plus grande fierté du moment ! J’en ai passé des heures sur l’ordinateur pour vous concocter ce petit jeu de plateau.

Il est un peu plus élaboré que celui sur la nature de Madagascar, avec des cartes actions et missions.

Ce jeu permet aux enfants de découvrir et comprendre l’univers du chamanisme : qu’est-ce qu’un chamane, quel est son rôle au sein de la communauté, quelle conception les communautés chamaniques ont de l’univers. Le tout avec un jeu de plateau où chaque joueur incarne un ancien chaman qui doit aider un jeune chamane à s’accomplir pour pouvoir être au service de sa communauté et devenir lui aussi un passeur entre les hommes et les esprits.

Pour le télécharger, ainsi que d’autres activités, c’est en bas de la page !

Aller plus loin

L’univers des Kalashs vous a intéressé ? Pas étonnant, on aimerait tous à certains moments aller respirer dans les belles montagnes de l’Himalaya, vivre un peu plus simplement et rencontrer des gens qui essayent d’être heureux tous les jours et qui vivent paisiblement entre eux sans colère.

Pour continuer à découvrir le peuple Kalash

Deux romans jeunesse et puis une bande dessinée qui retrace en image le voyage des ethnologues Jean-Yves Loude et Viviane Liève.

Tournoi dans l’Himalaya, de Jean-Yves Loude, éditions Tapabord, 2018. A partir de 9 ans

Tanuk le maudit, de Jean-Yves Loude, éditions Belin, 2014. A partir de 11 ans

Fêtes Himalayennes, les derniers Kalashs, de Jean-Yves Loude et Viviane Liève, éditions Boîte à bulles, 2019. A partir de 10 ans

Belle découverte non ? Dites-moi ce que vous avez pensé du jeu et si vous avez des envies de thèmes particulières dans les commentaires, je me ferais une joie de voir ce que je peux créer autour.

Femmes Kalash, photo de manalahmadkhan (CC BY-2.0)

 

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Comments

  1. Merci pour ce partage de culture des Kalashs! Il y a certaines de leurs pratiques qu’on retrouve dans ma région, voire chez les animistes de la région du sud-ouest du Burkina.

    1. Salut Lydie !
      Content que cette proposition te plaise. Oui il y a des traditions qu’on retrouve d’un côté mais aussi de l’autre de la planète c’est très intéressant ! Comme quoi on a tous des points communs à partager et d’autres à découvrir. =)

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